UNE LETTRE DE VIVIAN

 

Septembre 1946 : parution du premier numéro du journal de Tintin ! L’émerveillement d’un gamin de 6 ans devant les aventures du jeune Corentin auquel il s’identifie. Textes et dessins de Paul Cuvelier. Quarante ans plus tard, le gamin devenu cinéaste d’animation se voit proposer la réalisation d’un film pilote [1], mettant en scène Corentin, et devant déboucher sur un dessin animé de long métrage.

 

 

Le projet est porté par le studio Belvision qui, après avoir bricolé pendant des dizaines d’années de petits et grands navets, et employé plus de cent personnes, n’est plus hanté que par deux survivants : Paulette Smets et Joseph Marissen.

L’idée vient de Raymond Leblanc, décidé, semble-t-il, à redorer le blason du studio ?!

Il s’agit d’un véritable challenge, le graphisme de Cuvelier est d’un réalisme parfait et son respect impératif ! J’accepte le défi. Jean Van Hamme écrit un scénario qui ne m’emballe guère. Je demande à l’écrivain Gaston Compère, qui fût mon professeur de français à l’Athénée d’Ixelles, d’écrire les dialogues.

J’habitais à l’époque une ancienne Cure dans un petit village de la Côte d’Or en Bourgogne. C’est là que s’élaborera le story board, puis l’animation pour laquelle je m’adjoins deux animateurs de talent : Claudy Montfort et Hubert Chevillard. Claudy animera la fillette, les chevaux, Jim et le Sadou. Hubert animera magistralement Belzé, le gorille. Je me charge de Corentin. D’autres nous rejoindront pour le tigre et l’éruption du volcan notamment. Les décors seront réalisés par Claude Lambert, ancien chef décorateur de Belvision, qui vit en Espagne. Daniel Devalck, cinéaste de vues réelles, tournera les scènes destinées à fournir aux animateurs la base indispensable. Sera louée une peau de gorille animée par un acteur. Jean-Marie Mersch sélectionnera les musiques. Les voix seront enregistrées à Paris. Les cellos et la prise de vue seront traités à Bruxelles. Paulette Smets sera une directrice de production efficace, ainsi que Joseph à la caméra. Le budget étant ric-rac, il faudra la bonne volonté de tout le monde pour mener l’entreprise à son terme, en mai 1989.

Le film fut projeté au cinéma Vox d’Annecy lors du festival de 1989. Ce fut, semble-t-il, toute sa carrière. Il n’y eut aucune suite ! [2]

Reste le plaisir d’avoir pu mettre en scène le héros de mes jeunes années. Amen.

 

                                           Vivian MIESSEN [3], mai 2018.

Lettre manuscrite ...

... de Vivian Miessen

       

              Cet article est la propriété de la Fondation Paul Cuvelier.

              Un grand merci à Patrick Cohen pour les documents.

Couverture de Sergent Laterreur, L'Association, 2006

 

 

[1] Un ‘film pilote’ est un prototype destiné à convaincre les investisseurs potentiels.

[2] La série "Les Voyages de Corentin", d'après Paul Cuvelier, diffusée sur Canal + en 1993,  était bien distincte du pilote de film réalisé par Belvision.

[3] Vivian Miessen est un auteur de bandes dessinées et de dessins animés. Il est aussi peintre et graveur. Il est connu - et reconnu - pour SERGENT LATERREUR, réalisé sous le pseudonyme de Touïs, avec le cinéaste Gérald Frydman, et paru dans PILOTE. Il a œuvré dans de nombreuses productions animées dont certains TINTIN et ASTÉRIX des Studios Belvision, les productions de TVA-DUPUIS, dont les SCHTROUMPFS, et les long-métrages animés de Picha. Il a réalisé des films personnels dont 3,2,1,0. Porté sur la caricature, l’artiste a, tout au long de sa carrière, exploré l’anatomie de l'animal et de l'humain, ainsi que leur locomotion.